Et vous ça vous ferait quoi? (Récit de maman #Harcèlement scolaire)

On commence la semaine avec un récit de maman, bouleversant.
Cette situation de maltraitance à l’école peut arriver à tous.
Restons extrêmement vigilants.
J’attends vos réactions. Merci pour elle.

jj

Vous avez une fillette de 4 ans.

Elle est timide à l’extérieur. Bavarde à la maison. Elle aime ses chats, sa maison et son frère, passionnément. Elle dit qu’elle adore sa maîtresse, qu’elle voudrait la garder pour toute la vie. Elle a hâte de retrouver ses papys, ses mamies, ses cousins. Elle nous dit qu’elle a rêvé de sa cousine de Belgique et de son arrière grand-mère en maison de retraite.

Elle dévore le chorizo et les Kinder Maxi, elle a un appétit de moineau. Elle pèse 13 kg tout mouillés, sa présence illumine votre quotidien. Elle est calme, enthousiaste, passionnée. Elle est gentille, tolérante, trouve toujours des excuses aux gens. Elle a toujours le bon mot, bien placé. Elle aime feuilleter ses livres et vous faire rire.

Elle est douce, sans défense. Malheureusement.

Elle a deux amies très chères. Deux filles avec qui elle passe des moments savoureux. Vous adorez écouter leurs bons mots, observer leur complicité. Vous avez une confiance certaine en ces deux copines. Elles se voient à l’école, chantent ensemble des comptines, se racontent leurs vacances, leurs frères, leurs sœurs, leurs activités.

Elle avait un copain. Ils se sont connus chez nounou. Ils avaient encore les couches et le biberon. Ils ont fait leur première rentrée en même temps. Vous la revoyez encore, à la fois apeurée et heureuse de grandir. Fière de franchir cette étape. Vous le revoyez pas très rassuré avec des larmes plein les yeux le jour de la rentrée.

Les mois passent, votre fille se dit heureuse de se rendre à l’école. Parfois, elle rentre avec des marques de coups. Vous l’interrogez. Parfois, elle vous dit : « C’est lui, ce copain, qui m’a frappée« . Non, ce n’est pas possible. Vous répondez : « Tu es sûre que c’est lui, c’est pourtant un ami« .

Vous lui accordez le bénéfice du doute à ce fameux copain.

Son anniversaire arrive. Elle va fêter ses 4 ans. Elle attend cela depuis longtemps. Elle commence à faire sa liste. Elle parle de ses copines, puis parfois de lui, mais rarement. Au moment de faire les invitations, nous lui rappelons : « Et lui, tu ne l’as pas oublié?« . Elle vous répond : « Ah oui, c’est vrai, je vais l’inviter« .

Le jour arrive. Elle est enchantée. Vous aussi, même si vous auriez voulu être sans ce plâtre qui vous diminue.

Ce copain, que vous trouviez charmant se montre plutôt dérangeant. Il joue de façon brusque. Ennuie les filles. Détruit leurs dessins. Devant votre bébé de 1 an, il déclare « il n’est pas beau », « il n’est pas mignon ». Ce sont des mots d’enfants, vous n’en tenez pas compte. Arrive le goûter, il se met à être très désagréable, embête sans cesse votre fille, censée passer un bon moment, elle souffle malgré tout ses bougies dans l’agitation. Pendant longtemps, elle dira « il n’a même pas regardé ni goûté mon gâteau d’anniversaire, pourtant c’était le plus beau du monde entier« .

Puis, les enfants sortent de table. Vous le trouvez 2 minutes plus tard en train de frapper la tête de votre fille avec une boule de pétanque.

 C’est un merveilleux cadeau d’anniversaire, n’est-ce pas?

L’été passe. La rentrée arrive.

Votre fille est heureuse. Elle vous raconte ce qu’elle fait en classe. Souvent, elle vous dit « Il ne voulait pas que je donne les réponses à la maîtresse cet après-midi ». Vous croyez à une confusion. Pourquoi ferait-il cela?

Les jours passent, elle vous dit « il m’a frappée car je parlais avec E ».  Le lendemain, elle déclare : « Il m’a donné des coups car je jouais avec L. » Vous commencez à être réellement inquiète. Mais cela vous semble invraisemblable.

Pourquoi s’en prendrait-il à elle de cette manière?

Vous la retrouvez le soir avec les cheveux ébouriffés, sans aucune trace des tresses faites le matin même. « C’est lui qui me les a enlevées », vous répondra t-elle. « Il m’agrippe la tête ».  Vous pensez que ça fait partie de leurs jeux, vous ne voulez pas faire d’histoires.

Vous accompagnez une sortie au cinéma. Ça tombe bien, elle est dans votre groupe et lui aussi. Vous êtes interloquée. Il cherche à lui faire mal, il crache. Quand vous lui demandez de ne pas le faire, il vous répond : « Je fais ce que je veux ». De tous, c’est le seul à essayer de se lever sans cesse pendant la séance de cinéma. Au retour, dans le bus, il demande à votre fille de se taire quand elle chantonne des comptines avec sa copine. Je lui demande de les laisser tranquilles. Il recommence. Il se remet à cracher. Vous devez menacer de vous lever pour qu’il cesse. Puis, il recommence.

Vous rentrés de cette sortie épuisée, avec un goût amer dans la bouche.

Le lendemain, votre fille vous dit que chaque jour il l’a frappe partout, et qu’il lui serre très fort les bras.

Vous en parlez à sa mère.

Vous espérez qu’elle puisse intervenir efficacement. Elle vous dit : « Pourtant l’autre jour, chez L. il a été très sage ». Elle lui dit : « Si tu n’est pas gentil avec elle, elle ne voudra plus jouer avec toi ». Vous vous attendiez à davantage de remontrances. Et vous pensez : « Cela fait longtemps qu’elle ne veut plus jouer avec lui. »

Quelques jours plus tard, vous observez des traces de coups sur les bras de votre fille. Elle vous dit que c’est lui. Vous connaissiez déjà la réponse.

Vous en parlez avec la maîtresse. Elle vous dit qu’il la prend souvent comme une poupée. Ah, oui, parce que les poupées il les frappe lui?

Puis, elle revient à la maison avec une grosse bosse derrière la tête. Elle dit qu’elle a très mal. Vous l’interrogez.

Elle vous dit qu’elle discutait sur un banc avec son copain E et « qu’il est venu lui balancer la tête contre le mur ».

Dès le lendemain, vous demandez un rendez-vous avec la maitresse.

Elle vous répond qu’elle souhaite que ses parents à lui, soient là aussi pour qu’il puisse enfin comprendre et arrêter.

Entre temps, vous êtes inquiète, vous en parlez autour de vous. On vous raconte des scènes où il a agit dans le but d’ennuyer les autres. Purement et simplement. En toute impunité. Sous les yeux de l’un ou l’autre de ses parents.

Vient le temps du rendez-vous. Sa mère est présente, le père ne s’est pas excusé de son absence. Il a vu votre mari le matin même, mais n’a pas parlé de la situation. A laissé son fils se comporter comme un cador en arrivant à l’école.

Les faits sont décrits par la maitresse avec des mots très clairs : « Il la prend pour sa chose, il la manipule physiquement, ne supporte pas qu’elle s’affirme. Il lui dit de se taire quand elle participe en classe. Il la frappe. La sépare des autres enfants ».

Vous tombez des nues, vous avez envie de gerber.

La maîtresse dit : « C’est elle la victime. Tu n’as aucune raison de faire ça, elle ne t’as jamais rien fait de mal« .

Le petit ne montre aucun signe d’empathie, écoute à peine ce qu’on lui dit. Ne parait pas touché par le discours des adultes.

Sa mère ne s’est pas excusée ni auprès de vous, ni auprès de votre fille. Il est évident qu’elle ne demande pas à son fils de le faire. C’est la maîtresse qui lui demande. Quand je lui signifie le fait que j’aurais aimé entendre des excuses, elle répond : « ça paraissait tellement évident ». 

Non, je voulais qu’elle le dise. Pour moi, c’était un minimum. Faire profil bas.

Elle est gênée mais cherche des excuses à son fils. Vous comprenez, « il était fatigué ». « Et puis il n’est pas souvent comme ça, hein ». Vous lui répondez que si à chaque fois que vous êtes fatiguée vous envoyez valser vos copains contre les murs, personne ne vous le pardonnera.

Et puis, on s’en fout qu’il soit comme ça uniquement avec notre fille, elle peut tenter de nous faire croire que c’est un ange ailleurs (même si c’est raté, on n’est pas dupes). Là, ça concerne, son comportement au quotidien avec notre fille. Un comportement qui peut la détruire, lui faire perdre toute la confiance qu’elle venait de gagner.

J’aimerais savoir comment il réagirait dans cette même situation, en étant à notre place. Sûrement, en faisant un scandale.

Savent ils ce que c’est d’imaginer sa fille, frappée, manipulée, sans liberté aucune pendant toutes ses journées d’école?

Savent-ils ce que c’est de découvrir des traces de coups sur son enfant et d’apprendre d’où ils viennent.

Savent-ils ce que c’est d’avoir peur. D’imaginer que les choses pourraient plus mal tourner, encore?

Sa mère compte intervenir, sanctionner. Ouf, il était temps.

Elle nous reproche de mettre en cause ses méthodes éducatives. Vous comprenez, elle est enseignante. Elle vous fait comprendre qu’elle sait. Elle croyait peut-être que nous allions la féliciter? Lui dire qu’elle avait la science infuse. Raison sur toute la ligne. Mais, oui, parfaitement…

Fais comme si nous n’avions pas vu ton petit tyran frapper un enfant à bras raccourcis à la fête de l’école. Fais comme si tu intervenais quand ta petite frappe ennuie un plus petit pendant une heure à la bibliothèque. Surtout ne te remets pas en cause. Car toi, tu sais. Et ma fille subi.

Oui, j’allais te dire que ce n’était pas grave, et on aurait tous bu le verre de l’amitié, après cela. Oui, comme si de rien n’était. Comme si l’intégrité physique et morale de notre fille n’était pas mise en cause.

La maîtresse a prit les choses au sérieux. Tout ça sera revu une semaine après la rentrée.

Malgré cela, je n’arrive pas à croire que ma fille sera en sécurité dans la même classe que ce garçon.

Nous n’avons aucune confiance en l’autorité de ses parents. Quelle excuse vont-ils pouvoir lui trouver quand les coups redoubleront? Il doit peser au moins 15 kg de plus qu’elle, il sait où frapper pour faire mal.

Vous avez sans cesse envie de vomir. Vous dites, j’aurai dû être moins tolérante.

Vous en parlez à votre fille.

Elle vous dit : « Je ne t’ai pas tout dit parce que j’avais peur qu’il me frappe encore plus ». « Je ne voulais pas que vous soyez tristes pour moi ».

Vous lui dites 1000 fois : « Quand il te frappe, tu dois le repousser et crier ». Elle vous répond : « La maîtresse a dit que c’est interdit de pousser et de crier ».

Elle me dit : « Ma copine S. essaie de le repousser quand il m’agrippe mais elle n’y arrive pas ».

« Il m’a frappé tous les jours d’école depuis l’année dernière, sauf hier car la maîtresse lui a parlé ».

Elle ajoute : « J’adore ma maîtresse et mon école mais je voudrais qu’il s’en aille. »

Enfin, elle peut parler, elle sait qu’elle a le droit de le faire, elle sait qu’elle est écoutée.

Mais, nous, nous continuerons à penser sans cesse à elle et à sa sécurité pendant ses journées d’école.

Nous ne pourrons jamais la laisser sereinement.

Est-ce que eux savent l’effet dévastateur de ce sentiment?

Non, ils ne peuvent pas s’en douter.

Nous sommes inquiets, en colère, dévastés, démunis, apeurés.

PS : Je ne voulais pas aborder ce sujet ici sur mon blog. Mais cet événement est trop pesant, trop important pour moi. J’assume parfaitement de l’écrire, j’ai besoin de le partager. C’est l’expression de mes sentiments du moment, de mes inquiétudes. De cette envie de gerber, de ces nausées continuelles, de cette révolte.

Ce que je me retiens de faire avec les gestes, je le fais avec les mots.

Merci Cécile pour ce texte, qui peut aussi servir à tous. Lorsque tu m’as raconté cette histoire, j’ai revu ta fille, frêle, chétive, adorable, et je me suis demandé quelles conséquences cette maltraitance entrainerait pour elle plus tard? Comment les choses se seraient passées si elle n’avait rien dit, et combien d’enfants sont dans la même situation? Un coup, c’est un coup. Et s’il se repète, ça devient du harcèlement. De la maltraitance  Même entre enfants…

Savons nous vraiment ce qu’il se passe à l’école?

Pour C., et pour sa fille, rappelons à nos enfants qu’ils ne doivent pas agir de cette façon, et que si un élève les embêtent, ils doivent le dire à la maitresse, aux parents. L’école doit être un lieu où l’on se sent en sécurité. Cécile avait besoin de se livrer ailleurs que sur son blog et j’espère que vous lui ferez un accueil rassurant, compatissant, et compréhensif…

Souhaitons à cette jolie petite fille de passer de bonnes vacances en espérant que tout se règle à la rentrée…

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