Pour illustrer mon article de la semaine dernière:
(à lire si ce n’est pas encore fait!)
J’ai décidé de laisser la parole à une maman, qui nous livre son expérience… 
Comme pour tous les récits de mamans (les autres sont à lire ici), il ne s’agit pas de juger, mais seulement de lire, et si on le souhaite, d’essayer de comprendre, et d’en tirer le positif…
Parce qu’être maman, c’est aussi décider de l’être, ou pas… Je laisse la place à Prune:
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Oui, j’ai été en situation de détresse…

Je suis plutot intelligente, et issue d’un bon milieu social. Mes parents sont cultivés.

J’ai des amis, je n’ai pas de problèmes d’intégration, je ne me drogue pas, je suis la fille bien.

Je pourrais être vous.

C’était la fin de la troisième, il faisait beau, il faisait chaud, c’était l’euphorie totale! 2 mois de vacances avant l’entrée au lycée, on avait nos brevets des collèges en poche. Après mes années de collège en école privée dans internat, je me sentais pousser des ailles. J’avais décroché l’option que je voulais dans mon futur lycée.

Deuxième jour des vacances. On fait une fête avec des amis pour fêter ce bel été qui démarre. Cela fait un moment que G et moi on s’entend bien. On sort ensemble et au bout d’à peine un mois on passe le cap et on a notre premier rapport sexuel. Ce n’est pas mon premier rapport. J’ai eu d’autres rapports avant, toujours protégé. Toujours.

Mais ce coup ci… pas de préservatif, on a fait l’amour sans, je me pensais invincible. J’étais surtout très naïve et mon copain aussi…. Juillet passe à une allure folle, je ne me rends même pas compte que j’ai du retard. En Aout, je commence quand même à paniquer. Je ne sais même plus si c’est G ou moi qui est allé chercher le test de grossesse mais ce fut un moment très stressant. Qui allait confirmer et rendre réel l’inavouable. Pipi sur le bâtonnet dans les toilettes d’un café d’une grande ville…

Deux trais s’affichent.

Et là c’est comme si je regardais la scène de l’extérieur: Je suis spectatrice d’une comédie dramatique… Comme l’enfant qui a fait une grosse bétise et qui est pris la main dans le sac et qui nie, je voulais tout effacer et j’ai fini par presque nier l’évidence. J’avais tellement honte, je me disais « Mais non, je ne suis pas enceinte » comme si ca allait suffire à effacer la vérité, j’étais mal, très mal. Jusqu’à ce que ma mère ressente que quelque chose n’allait pas et me demande « Depuis quand tu n’as pas eu tes règles? ». J’avais honte. J’ai répondu que je ne savais plus. Elle n’a pas insisté et m’a emmené au planning familial, où je fis un examen gynéco et fut prise en charge directement. Ma mère ne m’a jamais influencé, elle était juste là pour moi, pour nous, sans jugement, neutre. Elle n’a pas été culpabilisante. J’avais toujours cette impression d’être « hors de ma propre histoire » parce que que mon corps ne m’appartenait plus.

Je voulais de nouveau être moi, pas encore adulte, et pas encore enceinte.

Mes parents étaient en grand conflit au moment où je me suis retrouvée dans cette situation. Je ne voulais pas trop leur en parler et encore moi en étant dans l’état dans lequel j’étais. Arrivée à l’hôpital, j’avale 2 cachets. Je suis bien accueillie, ma mère est là. Mon copain nous rejoint dans la matinée. Il assume, me soutient, il ne m’influence pas, il est là et c’est le principal. Je souffre. Psychologiquement, et physiquement. Ca fait mal comme des grosses règles, je vomis, je pleure.

Je culpabilise d’être aussi bête, d’avoir crue que « à moi ca peux pas m’arriver » mais je ne peux absolument pas avoir un bébé. Je ne veux même pas être enceinte, ça me répugne de devoir l’être.

Si je n’avais pas pu avoir cette IVG, j’aurais fait quoi?? J’aurai caché mon état? J’aurais fuit le problème? Qui sait si je n’aurais pas tenté de disparaitre ou même pire, de faire disparaitre ce qui serai sorti de moi? Accouchement sous X, abandon sordide, voire pire … Je ne peux pas répondre…  J’étais jeune et tellement en détresse que je n’étais plus moi même. Juste une gamine paniquée, une gosse perdue. Une fois l’IVG faite (anesthésie générale et aspiration) , je me sens libérée de quelque chose même si je reste marquée quelque temps par cette angoisse que j’ai eu. Marquée par la peur de ne plus maitriser les choses et mon corps. J’ai été enceinte.

Aprés ca je suis resté avec G, j’ai continué mes études avec grand succès et je me suis de nouveau rapprochée de mon père. Les tensions entre mes parents se sont effacées.

Presque un happy end…

Dernière année de lycée. J’habite dans un studio. Je suis toujours avec G, on ne vit pas encore ensemble. Ma vie c’est les cours, le quotidien, les sorties… Je suis 1ère de ma classe. Je prend la pilule. Je commence les cours de code. J’ai peu de souvenir de cette période bizarrement. J’ai des flashs de moments précis, rien de plus. Comme si ma mémoire avait effacé cette période…

Je ne sais même plus comment je suis tombée enceinte. Je prend pourtant la pilule, tous les soirs. Mais quoi qu’il en soit retard de règle, et nausée. Une vague mauvaise impression m’envahie… Je fais un test et mon monde s’écroule. Comment est-ce possible? Un oubli dans la prise d’une pilule? Une maladie qui m’a fait vomir celle que je venais de prendre? Ou simplement être dans les 0,1% qui tombent enceinte sous contraceptif? Je ne mange plus, j’ai des vertiges, je loupe quelques heures de cours à cause de ça. J’essaye dans parler à l’infirmière du lycée mais je n’y arrive pas. J’ai honte et vivant seule, je n’en parle à personne, seul G est aucourant bien sur. Il pense aussi que c’est trop tôt. Je me renferme, je suis au font du gouffre, je ne fais plus rien…

J’ai envie de disparaitre en m’enfonçant dans le sol. Je finis par appeler un numéro donné par un intervenant au lycée lors d’une sorte de réunion d’information sur la prévention des MST et la contraception. J’avais gardé des brochures dans la piles de livres et cahiers de cours. J’ai appelé, à moitié en pleurs, j’ai eu un rendez-vous rapidement. Mon copain m’a accompagné. J’avais tellement honte d’être encore dans une détresse aussi grande, alors que d’après moi je n’avais pas fauté… C’est un sentiment affreux et rien que d’y repenser j’ai une boule à l’estomac. Pourquoi moi?

C’est reparti pour un des plus durs moments de ma vie. Toujours plutot bien accueillie. Même si la salle d’attente mélange tout le monde y compris quelques femmes enceinte et des bébés. Re sentiment de culpabilité. Je ne mets pas mes parents au courant, j’ai bien trop honte. J’ai peur que les gens croient que je le fais exprès ou que je ne fais pas attention alors que je n’avais pas envie du tout d’être de nouveau dans une situation aussi difficile. Je suis encore bien plus mal que pour ma 1ere IVG.  Je ne suis pas dans une chambre seule, à coté de moi: un couple. Une fille étudiante aussi, et déjà maman d’un petit. Elle avorte car c’est trop à assumer pour elle.

Encore des cachets à prendre, encore malade, encore une anesthésie générale, encore la douleur, encore le sentiment de se détester…. Physiquement, j’en ressors le soir même avec une petite tension… Mon copain me tient. Je retourne en cours un jour plus tard…

Quelques mois après j’ai mon diplôme en étant dans le top 5 des meilleurs notes du lycée.

J’aurai fait quoi si je n’avais pas eu accès à cette IVG? Financièrement, je n’aurais pas pu le payer, j’étais étudiante. J’avais encore plus de dégout de la vie et de mon état que la première fois. J’aurais planté des études qui me plaisaient et dans lequel je m’étais autant investi, pour faire quoi? Elever un enfant seule dans un studio, sans diplôme, sans emploi, sans envie de devoir l’assumer mais par contrainte? Aurai-je pu l’aimer?

Deux IVG. Deux expériences difficiles…

Maintenant j’en suis où dans ma vie?

enceinte

J’ai des enfants que j’ai désiré très fort, que j’ai assumé.

J’ai adoré être enceinte.

Je suis maternante.

J’aime mes enfants plus que tout.

J’ai allaité et porté mes enfants.

Je ne suis pas une meurtrière.

Je suis croyante.

prune

Si je parle de mes IVG, c’est pour que les gens puissent essayer de se rendre compte que ça peut arriver à n’importe qui, que la détresse que l’on peut ressentir est immense, à un point inimaginable… Et qu’on oublie jamais. Ce n’est pas un jeu.

Que vont devenir nos filles si elles n’ont plus accès à ce droit?

Que devenaient les filles avant d’avoir ce droit?

Les IVG ne sont pas toujours synonyme d’inconscience. La pilule et le préservatif ne sont pas fiables à 100%…. Personne n’est à l’abri d’être dans la détresse et d’avoir recourt à l’IVG.

NE TOUCHEZ PAS A NOTRE DROIT.  « 

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Merci Prune pour ce récit. Je sais que tu es une bonne maman, et une amie formidable aussi …

(A bientôt pour un nouveau récit de maman, n’hésitez pas à commenter et partager, les mamans qui m’écrivent ces récits le font aussi pour partager…)

 

MON ARTICLE INITIAL SUR L’IVG ICI

allomamandodo

9 comments on “J’étais en détresse… #IVGmoncorpsmondroit (Récit de maman)”

  1. Je te felicite de venir en parler. Sur un forum j’ai suivi une fille 14 ans un rapport et 1 bb 9 mois apres. Comme toi bonne élève de famille « aisé » elle a fait le choix de le garder a son age je ne sais pas ce que j’aurais fait.
    Je suis fan aussi de ton copain qui est resté avec toi et ta soutenu les 2 fois je ne sais pas si c.c’est lui le papa auj mais il a été aussi courageux que toi et ta sputenu et c’est si rare qu’il faut le souligner.

    Je suis sur que tu es une maman qui déchire car un enfant faut etre prete…

  2. Très beau témoignage !!!
    Et je trouve que même si ca a du être dur de vivre ca, elle a eu raison et maintenant elle profite a fond de ses enfants !

    C’est bien d’en parler

  3. quel parcourt, c’est important d’avoir le choix, la nouvelle loi qui est passée en Espagne ne fout les boules, je ne comprends pas ce retour en arrière, c’est absurde. Personnellement je ne pense pas devoir avorter mais de toute façon je pourrai rentrer en France pour le faire mais je pense à ses femmes qui n’auront plus le choix et à coté de ça je pense à la chine et à la politique de l’enfant unique. ces avortements qu’ils font à tire larigot sans laisser le choix … Le monde est vraiment mal foutu.

  4. je me retrouve un peu dans ton histoire a part que moi c’est l’inverse : j’ai eu mes 2 enfants (3 ans d’ecart) et je suis tombee enceinte sous sterilet quand mon petit dernier avait 2 ans.
    terrible choc que d’apprendre ca: tu fais tout pour ne pas tomber enceinte et voila ca arrive…mais je ne me sentais pas c’etait trop rapproché et puis faut galoper apres ces 2 loulous. de plus le gyneco n’a pas pu retirer le sterilet car les fils etaient trop courts : risque d’infection, percer la poche des eaux….
    j’ai donc fait operation (anésthesie generale pour retirer également le sterilet.
    mais ceux qui sont contre l’ivg ne sont jamais passés par la….

  5. Témoignage une fois de plus très émouvant. Le droit à l’avortement est pour moi un droit qu’il faut absolument préserver et défendre. Ne vaut il pas mieux interrompre une grossesse plutôt que faire un malheureux de plus ? Choisir une ivg me semble être une décision extrêmement difficile à prendre mais aussi le fruit d’une grande reflexion !

  6. Magnifique! Et c’est beau d’avoir le choix! Bravo d’en parler comme ça et félicitation pour vos enfants! Bonne continuation dans votre vie, quelle soit aussi belle que dans un film!

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